Le blog haiku de Richard consacré à la poésie, en particulier au haïku et au senryu, un style de poème court venu du Japon. Mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des maitres du haiku et mes propres haikus et senryus au fil des jours.

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De l'humeur au haïku

Le haïku d'hier mérite une explication.

La fatigue accumulée pendant la semaine, le stress et bien d'autres facteurs transitoires  ont avivé les tensions et  fait que j'ai passé un week-end exécrable, en dépit du beau temps.

Dimanche soir,  un corbeau passant dans le ciel bleu au moment où je fermais la fenêtre me fait noter:

dans le ciel bleu
un oiseau noir tout là haut
moi, sous son ombre immense

Vient ensuite le temps du travail qui va permettre d'obtenir un haïku à partir de cette notation et de mon état d'esprit à ce moment précis, à savoir une sourde colère. L'ingrédient de base est constitué par le fort contraste entre ce ciel bleu et l'ombre de l'oiseau noir qui s'étend sur moi et révèle mon humeur.

Première constatation : la formulation initiale est beaucoup trop verbeuse.  Je commence à élaguer :

ciel bleu
un oiseau noir très haut
moi, sous son ombre immense

Puis, j'accentue la position dominante de l'oiseau par le choix du mot juste et précis. En outre, je renforce le contraste ciel bleu/oiseau noir en insérant une césure à la fin de la première ligne :

ciel bleu -
un oiseau noir au zénith
moi, sous son ombre immense

A cet instant précis me revient un passage du merveilleux récit Oreiller d'herbes de Natsume Sôseki:

Supposons que l’on soit en colère : la colère prend aussitôt la forme de 17 syllabes. Sa transmutation en 17 syllabes en fait la colère d’un autre. Une même personne ne peut pas en même temps se mettre en colère et composer un haïku.

En effet, je réalise que je ne suis plus en colère. Me pencher sur cette colère, l'accepter, l'intégrer en tant qu'expérience sans la juger et en rendre compte m'a permis de la positiver et donc de la dissiper.

Il ne me reste plus qu'à m'effacer pour ouvrir le poème et en faire un véritable haïku, où seule l'expérience de ce que j'ai vu demeure. Un expérience que tout un chacun pourra recevoir de diverses manières, en fonction de son propre vécu. Dernier changement, subtil mais important : je déplace la césure, qui n'accentue plus le contraste révélant mon humeur, mais juste le phénomène optique observé. Plus de jugement, juste ce qui s'est passé, dans sa pureté.

ciel bleu
un oiseau noir au zénith
- son ombre immense

L'acte d'écriture comme une thérapie ...  Me revient cet autre passage d'Oreiller d'herbes:

Tout artiste est précieux car il apaise le monde humain et enrichit le coeur des hommes.
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A
Je viens grâce à vous de découvrir l'écriture de haïkus que j'ignorais.<br /> Merci pour ce moment de poésie et de partage.
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Y
<br /> Merci à vous de votre visite.<br /> <br /> <br />
E
C'est du fond du coeur que je dis :Génial<br /> Combien de fois j'ai ressentis ce petit...quelque chose ,et vous venez de le décrire avec une...grande simplicité .<br /> Merci pour ce partage .<br /> Emmanuel
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Y
Merci à vous de votre passage et de votre commentaire.Tant mieux si vous vous êtes retrouvé dans cet article et dans mon cheminement.Amicalement,Richard
C
Bonjour,<br /> <br /> C'est avec ravissement que j'ai découvert votre blog sur les haikus, poésie que j'aime depuis des années.
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Y
Bonjour et bienvenue !Ravi de vous accueillir. SI vous aimez les haïkus, la liste de liens à gauche de Manteau d'étoiles devrait vous combler.A bientôt,Yamasemi (alias Richard)
M
As-tu envisagé d'aller plus loin dans la simplification ? En éliminant deux adjectifs sur les trois ? Amitiés.
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Y
Bonjour,je n'ai pas envisagé d'aller plus loin. En effet, retirer l'un ou l'autre m'aurait vraiment trop éloigné à mon goût de l'expérience vécue.- bleu/noir :  je voulais conserver ce contraste. Si j'enlève l'un des deux, que va-t-il rester?- immense : je désirais que subsiste quelque chose de la sensation éprovée à la vue d'un unique oiseau noir dan sle ciel bleu, qui finit par tout envahir par la taille de son ombre. Il y a là quelque chose d'un peu inquiétant, voire sinistre, et je voulais le suggérer un peu ...La version que tu m'as proposée par email (dont je te remercie d'ailleurs) est parfaitement éligible, mais ce n'est plus ce que j'ai vécu :Ciel bleu. Vol d'un nuage de corbeauxcar il n'y avait qu'un corbeau, et c'est sa solitude qui renvoie à la mienne, plus à mon état d'esprit, bref à ce côté inquiétant que je voulais suggérer.Amicalement,Richard
M
Oui, excellent, cet exercice qu'on peut appeler de "métacognition". En permettant au lecteur de suivre la démarche de travail sur un premier jet, tu l'aides à faire une démarche semblable et contribues ainsi à progresser dans ce nécessaire travail de ré-écriture. Merci !
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Y
Merci Monika! Note que d'autres auteurs auront une démarche/méthode différente. Je ne dis pas que la mienne est bonne, j'espère juste inciter d'autres personnes à se lancer dans l'écriture de haïkus s'ils hésitent encore en se demandant comment faire.Amicalement,Richard