Le blog haiku de Richard consacré à la poésie, en particulier au haïku et au senryu, un style de poème court venu du Japon. Mon itinéraire dans l'écriture, une présentation des maitres du haiku et mes propres haikus et senryus au fil des jours.

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Coeur d'automne

Nous arrivons cette fois au coeur de l'automne.

Septembre a été chaud et lumineux, compensant un mois d'août infect. Octobre a été exceptionnellement doux, et même ce début novembre s'est montré clément. L'automne a donc tardé à s'installer. Les feuilles des arbres, inhabituellement vertes, trahissaient ce retard, les arbres n'ayant pas jugé bon de rapatrier leur sève en vue du repos hivernal.

Tout a changé cette semaine, avec un refroidissement brutal. Du coup, les feuilles ont jauni rapidement. Nous avons à peine pu profiter du feu d'artifice des couleurs automnales avant que les arbres ne se dénudent rapidement sous l'action conjuguée de la pluie et du vent. Le "bel automne" n'aura duré qu'un moment.

les couleurs d'automne
réarrangées par le vent -
kaléïdoscope

à demi-nu
il dénonce le vent d'ouest
le peuplier

bourrasque d'automne -
un héron et deux mouettes
dans un grand huit

longuement
la pluie d'automne achève
de dépouiller les arbres

le nid plein de chants
dans l'érable dénudé
à présent désert

Et puis il n'y a pas que les feuilles pour tomber en automne, il y a aussi les hommes. Philippe Noiret, le chêne de nos comédiens, a ainsi été abattu hier par une longue maladie (expression consacrée pour désigner un cancer). Il y avait la stature, la voix profonde et inimitable. Il y avait surtout un comédien que je ne me souviens pas avoir vu jouer dans quelque chose de médiocre. Bien au contraire, je retiens Le juge et l'assassin, Les lunettes d'or, Que la fête commence, La vie de château, Thérèse Desqueyroux, L'horloger de Saint-Paul, La vieille fille, Alexandre le bienheureux, La vie et rien d'autre et bien sûr Le vieux fusil, film élu César des Césars.

Si je ne devais retenir qu'une scène, c'est précisément  celle où, dans Le vieux fusil, Romy Schneider (belle à mourir) relève sa voilette avant de boire son champagne. Ses yeux brillent, elle a son fameux sourire mutin, lumineux et terriblement attirant, et elle trempe ses lèvres dans son champagne. Contre-champ: le visage de Noiret. Son expression à cet instant précis est extraordinaire: un mélange d'étonnement, d'adoration, presque de douleur devant tant de beauté. Son regard est à la fois grave, tendre et l'on sent qu'il vient de tomber définitivement amoureux de cette femme et se vouer à elle corps et âme, jusqu'à la folie dans laquelle il se murera à la fin du film. Peu d'acteurs peuvent faire passer tant de choses dans une expression et un regard. Philippe Noiret était de ceux-là. Chapeau bas...

les peupliers
même quand ils perdent leurs feuilles
montent droit au ciel
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N
Un grand merci pour ce blog ! Je venais me documenter sur le haïku parce que je vais faire un atelier d'écriture de häikus avec mes élèves...et j'ai découvert en passant un beau regard sur l'automne en cours...C'est vraiment chouette de pouvoir partager cela.
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R
Merci et bienvenue.Quel âge ont les enfants de votre classe?Les enfants font de merveilleux haïjins, en faisant une petite recherche sur Google, vous devriez trouver pas mal de sites qui en parlent. Il y  a aussi mes amis Franck Vasseur (http://haikus.typepad.fr/marquepages/) et Philippe Quinta (http://www.quinta.fr/), eux-même enseignants et haïjins et qui pourraient sans doute vous parler de leur expérience en la matière.Amicalement,Richard
A
Bonjour Richard; visitant ton site comme je le fais régulièrement (discrètement!) je vois que tu utilises aussi ce "coeur d'automne" (les grands esprits...!)que j'utilisais mais avec perplexité... tu me rassures :-)<br /> Amicalement<br /> André<br /> <br /> cœur d’automne<br /> son corps désaltéré<br /> par la tempête<br /> <br />
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R
Magnifique haïku André!En réalité, le titre de ce billet était simplement un titre de circonstance, mais ne figurait dans aucun des haïkus du jour, contrairement au tien.Amicalement,Richard
P
richard<br /> <br /> Je suis à nouveau conquis par ta proposition d'aujourd'hui. Haibuns comme haikus, que de belles choses...et cet hommage au grand Noiret qui m'a touché.<br /> <br /> phil
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R
Merci Philippe.L'automne s'est si vite installé qu'il m'a fourni en grand nombre et sur un court laps de temps des "moments" dignes d'être transmis. J'adore ces périodes où il suffit de rester "branché" sur la source et de laisser couler en soi et hors de son stylo la beauté du monde ...Richard
G
Bonsoir<br /> <br /> Feuille d'un automne <br /> vent passager <br /> Impermanence
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R
Bonsoir Gérard,eh oui ... un souffle, rien qu'un souffle.ce monde de roséen'est qu'un monde de roséeet pourtant ...(Issa)Richard